J’AI LAISSE MON COEUR A BRAZZA

J’ai laissé mon cœur à Brazza quelque part à Poto-poto, emporté par un Malonga, souillé par le calife d’Oyo ; il s’est perdu dans un marché, comme un sapeur -et sans reproche- par un west-af tout rhabillé, chaussures cirées, mains dans les poches ; il a vu des couleurs d’éclat, des enfants nus dans la poussière, le grand pouvoir de l’omerta, des sourires grands comme la terre ; et puis les mots rouges de Sony ont pénétré son ventricule puisqu’ici tout est mort ou vie, qu’en un rien de temps tout bascule. J’ai laissé mon cœur à Brazza quelque part à Bacongo, lors d’une course à mille CFA ou sur le goulot d’une N’zoko ; ému par la voix d’un pêcheur, troublé par les formes d’une diva qui transforme misère en sueur sur des riffs de Kwassa kwassa, quand, à l’aube du jour imparfait, il a vu l’Afrique des nantis exhiber fièrement ses trophées, il s’en est allé décati. J’ai laissé mon cœur à Brazza quelque part à Kintélé ; pris par la grandeur d’un Aka, moi le tout petit mundélé… Ou finalement était-ce ailleurs? Lové dans les bras d’une mama, accablé de pluies, de chaleur ? Le long d’un fleuve qui n’oublie pas les corps et les larmes charriés et les crasses et toutes les ordures emportées avec les années ? Mais mon dieu qu’il a fier allure! Il sait lui les liens éternels malgré le pouvoir des grands hommes. Frontière mais tôt ou tard passerelle mettant fin au capharnaüm. Oui, j’ai laissé mon cœur à Brazza.

Et je crois qu’il est bien là-bas.